“Tu te suicideras avant tes 18 ans !”

“Tu te suicideras avant tes 18 ans !”

Mon histoire… pourquoi vous la raconter ?

Je vous raconte cette histoire “Tu te suicideras avant tes 18 ans” – il s’agit de mon vécu – pour vous faire comprendre que la parole parfois maladroite d’un adulte a bien plus d’impact que ce qu’on ne pense. J’ai été certes blessée mais j’ai aussi beaucoup appris de cette expérience. Aujourd’hui, c’est clairement une de mes missions et cela fait même partie de mon métier : aider tous les adultes responsables d’enfants ou de jeunes à prendre conscience de l’impact de leurs paroles. Et puis, quand la prise de conscience est là, on peut agir pour aider les plus jeunes à se sentir mieux, à s’épanouir et à eux aussi prononcer des “paroles en or”. Vous allez sans doute mieux comprendre pourquoi j’ai lancé ce blog et sinon, retrouvez mon article “Pourquoi ce blog” ;-).

“Tu te suicideras avant tes 18 ans”… les paroles de ma prof de français quand j’avais 15 ans

“Tu te suicideras avant tes 18 ans !”…  “Oui, moi je te le dis, tu te suicideras avant tes 18 ans”… Cela peut paraître étonnant mais pourtant c’est vraiment ce que ma professeur de français m’a dit un jour en plein cours. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je revois son regard. J’entends encore sa voix, son intonation, le rythme de chaque mot prononcé.

Tout cela à cause de Sissi

Nous devions réaliser un exercice d’écriture à savoir reprendre un personnage de film et écrire de son point de vue un passage du scénario. Voulant être absolument certaine de ce qu’on me demandait de faire, j’ai levé le doigt pour poser une question. Je me souviens d’abord du regard un peu excédé de mon professeur à l’annonce du personnage que j’avais choisi vu que visiblement selon ses dires il n’y avait vraiment pas de quoi admirer la naïveté du personnage. J’avais choisi Sissi Impératrice d’Autriche 😉 … ben quoi ? On a dit un personnage de film, c’est un personnage de film non 🙂 ?

Le pire, c’est que je voulais bien faire

Quoi qu’il en soit, je pose ma question. Je reçois une réponse pas assez précise ni complète selon moi. Gentiment, je me permets de redemander une précision. L’indication restant toujours assez floue, je tente de clarifier à nouveau pour être certaine de bien faire… et là, visiblement de mauvaise humeur devant cette envie de bien faire, ma professeur excédée m’a lancé cette phrase : “Ce n’est pas possible d’être comme ça… Tu te suicideras avant tes 18 ans !”

Un silence de plomb a envahi la classe

C’est un peu comme si j’avais reçu un espèce de choc… Je ne m’attendais tellement pas à ça. De mon point de vue, je voulais bien faire et je voulais répondre exactement à ses attentes… De son point de vue, je cherchais trop la petite bête, je coupais les cheveux en 4 et je fatiguais mon monde avec toutes mes questions. En attendant, je me suis sentie très mal, très très mal et encore plus que très très mal… Toute la classe s’est tue immédiatement et un silence de plomb a envahi la classe.

Je n’ai retenu que ça

Je suis rentrée chez moi… Et si elle avait raison ? Et si je n’arrivais pas à mes 18 ans ? Moi qui n’avais au grand jamais pensé à un acte pareil, je me retrouvais soudainement liée à ces mots et cette énergie ne m’allait pas… Le soir, j’ai osé en parler à ma Maman. Je me souviens aussi de sa tête choquée… je pense même qu’elle a appelé l’enseignante… mais c’est bizarre, je n’ai plus aucun souvenir de cela… Y a-t-il eu des explications, une rencontre, des excuses ? non, décidément, je ne me souviens pas. Mais ce que mon être tout entier a bien retenu, c’est le poids de chaque mot de cette prédiction. Voilà, j’avais peur, … peur que cette prédiction se réalise… un peu comme les mauvais sortilèges lancés par les sorcières dans les contes de fée.

Une phrase anodine ?

Pour moi, telle que je l’ai perçue à ce moment-là, avec qui j’étais à cette époque, cette phrase “Tu te suicideras avant tes 18 ans” a été tout sauf anodine… Au contraire, elle a pris une proportion très désagréable dans ma vie. J’avais 15 ans et ces paroles lourdes de sens m’ont donc accompagnée… A chaque anniversaire, j’étais d’une part soulagée de “ne m’être pas encore suicidée” et d’autre part angoissée car l’échéance de mes 18 ans se rapprochait.. et qu’allait-il se passer ? Bien entendu, je n’avais jamais (et je n’ai jamais eu) l’intention de mettre un terme à ma vie, moi qui depuis toujours respirais l’enthousiasme et la joie de vivre. Mais étant donné que cet adulte ayant autorité sur moi me l’avait dit avec tellement de force, et bien peut-être avait-elle raison et je ne savais donc vraiment pas ce qui allait se passer.

Le jour de mes 18 ans

J’ai ouvert les yeux, le matin de mes 18 ans et j’ai respiré en me disant : OUF, ça y est, je suis arrivée à mes 18 ans VIVANTE ! Quel exploit ! J’étais émue et heureuse d’être là et d’avoir survécu… J’ai vécu ce moment comme une vraie délivrance. Heureusement, qu’elle avait dit “18” et pas plus car franchement, c’était déjà hyper long… trop long…

Reconnaissante

Aujourd’hui avec le recul, je suis reconnaissante que cette histoire m’ait poussée en avant. J’ai dû apprendre à réfléchir, gérer mes émotions, tenter de prendre du recul, comprendre que tout le monde ne voit pas les choses de la même manière, apprendre à me protéger, apprendre à pardonner, apprendre à avancer… Je n’ai aucune colère ni ressentiment envers ce professeur qui faisait ce qu’il pouvait. Toutes mes recherches sur le sujet, mes formations, mon métier, mes rencontres privées ou professionnelles m’amènent à penser que des situations pareilles surviennent bien plus souvent par ignorance que par volonté de nuire, de blesser ou de détruire. Ignorance des conséquences, Ignorance du pouvoir des mots, Ignorance de l’impact de notre autorité d’adulte, Ignorance des principes de l’empathie, … Alors, oui, tout cela m’a poussé en avant et m’a encore plus donné envie d’aider. Et avec le recul, aujourd’hui, je peux le dire : j’ai digéré ce “Tu te suicideras avant tes 18 ans” et je suis reconnaissante d’avoir vécu cette expérience.

Des histoires semblables

Si vous cherchez bien, je suis certaine que vous aussi vous avez reçu des paroles toxiques qui vous ont blessés. J’espère que vous allez bien depuis lors et surtout, n’oubliez jamais que rien n’est irrémédiable, qu’on peut toujours tout réparer et se relever de petits comme de grands traumatismes. Comprenons aussi que nous sommes tous au départ des enfants et que nos blessures d’enfant non guéries peuvent vraiment compliquer notre vie d’adulte.

Que cela nous aide tous

Mais ce blog n’est pas là pour parler de tout ce qui a pu nous blesser. L’objectif est de raconter toutes des histoires vraies de paroles en or qui ont pu à un moment donné élever, gratifier, valoriser, rassurer, sécuriser. Mes histoires, vos histoires, nos histoires à tous. Avoir la confiance d’un enfant, c’est un cadeau. Nous pouvons prendre la responsabilité de l’ELEVER par nos paroles en or que nous sommes tous capables de prononcer. Parfois, c’est tout un apprentissage, un peu comme apprendre à parler une langue étrangère… ça sonne bizarre et peu naturel au début… Et puis à force d’entraînements et d’exemples, ça devient plus facile jusqu’au moment ou ça devient “normal” et évident. Si tout cela vous inspire et vous donne envie d’en savoir plus, merci de me laisser un commentaire. Avez-vous retrouvé le souvenir d’une histoire toxique qui vous a marquée et a pu vous freiner ? Etes-vous d’accord avec l’idée que des paroles peuvent avoir un énorme impact sur un enfant notamment ? Let me know 🙂 !

En vous remerciant,

Véronique

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12 réflexions sur « “Tu te suicideras avant tes 18 ans !” »

  1. Une belle initiative, ce blog peut être un vrai soutien aux personnes encore blessées par des mots destructeurs. Pour répondre à la demande du blog, je partage une parole en or: « You can do it! ». Cette phrase lancée par mon promoteur, juste avant la présentation de mon TFE bac. Il m a redonné espoir et confiance en moi. J y repense souvent et m aide à évolué dans ma vie professionnelle.

    1. Merci Elena pour ton avis : oui, j’espère que ce blog aidera d’autres à guérir de leurs blessures ou à soigner tout simplement 😉 ! Et merci pour ton partage : “You can do it !” t’a donné espoir et confiance, quelle force et quelle puissance ont les mots ! Et comme tu le dis, cela marque un “ancrage” positif et cela peut réellement être aidant pas juste une seule fois mais carrément toute une vie ! WaaaaouW ! La force des mots 🙂 ! Autant donc choisir des beaux mots 🙂 ! Gros bisous et merci encore pour ton partage.

  2. Bonjour Véro, c’est toujours tellement important de pouvoir parler de ce que l’on a vécu surtout quand l’expérience est traumatisante, cependant c’est parfois tellement compliqué …
    Félicitation à toi de t’ouvrir de cette façon et par la même d’encourager les autres à en faire autant.

    Florian

  3. Quelle histoire… c’est vrai que l’école peut être traumatisante, particulièrement lorsqu’on traverse l’adolescence. Je me souviens de certains amis qui ont dû encaisser des paroles destructrices de ce type-là de la part de professeurs et vivre avec. Heureusement que tu partages ta vision hyper positive et motivante aux sujets de ces mots, si puissants finalement 🙂 bravo d’avoir pu garder ton positivisme et merci d’être là pour le partager 😀 à bientôt !

  4. Bonjour Véronique, merci pour ce témoignage poignant! Les paroles d’adultes résonnent fortement chez les enfants. Ils peuvent donner des directions à leurs vies et orienter leurs choix futurs alors qu’il peut s’agir apparemment de parole anodines… L’impact des mots est fondamental… Ce n’est pas pour rien qu’ils “sont des fenêtres ou qu’ils sont des murs”, comme l’écrit Marshall Rosenberg…

  5. C’est courageux de ta part de parler d’une expérience désagréable comme celle que tu as vécu, des histoires comme ça peuvent aider beaucoup de personnes.
    Si je peux me permettre, une prof de français comme celle que tu as eu ne devrais pas enseigner, si elle t’as répondu comme ça c’est certainement parce qu’elle voyait qu’elle n’arrivait pas à t’expliquer comme il le faut.
    Des paroles comme ça tuent la créativité et dégouttent à vie beaucoup de personnes de l’école.
    Heureusement que tu as pu surmonté ça et que tu n’as pas laissé cette pensée limitante que t’as mis ta prof te bousiller ta vie.

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